CANET-en-Roussillon, Turin, Ambérieu, Mulhouse : depuis mai 2007, Laure Manaudou, alors au faîte de sa gloire, a multiplié les déménagements et les changements d’entraîneur, allant d’échec en échec. Aujourd’hui, c’est à Marseille qu’elle pose ses valises. Humainement et sportivement, le défi n’est pas gagné.
1 Pourquoi a-t-elle choisi Marseille ? C’est une question essentielle pour déterminer les chances de succès du projet Londres 2012 tel qu’il est intitulé par les dirigeants phocéens. Que dit Laure sur les motivations de son choix ? Le plus simplement du monde, elle aurait retrouvé « des copines » à Marseille. Dans la foulée, l’ambiance à l’entraînement, « à l’américaine », lui aurait plu.
Dans tous les cas, cela ne ressemble pas vraiment à un acte très réfléchi pour une athlète ayant mélangé les genres privé, professionnel et sportif depuis dix-huit mois avec la réussite que l’on sait. C’est une évidence : Laure a d’abord choisi son point de chute et a réfléchi ensuite. Au nom de son entraîneur, par exemple, puisque c’est après avoir décidé de s’installer à Marseille qu’elle a sollicité Philippe Lucas pour lui demander de l’accompagner. On sait aussi qu’entre-temps, l’ex-championne olympique, bien aidée par son avocat Didier Poulmaire, a lancé quelques perches en direction de certaines structures. Au final, les possibilités n’étaient pas si nombreuses. En faisant du Cercle des nageurs de Marseille l’acte fondateur de son come-back, il faut espérer que Laure n’ait pas agi par défaut. Ou par précipitation.
2 Les conditions d’un retour au plus haut niveau sont-elles réunies ? Sportivement, oui. Les conditions d’entraînement au Cercle des nageurs de Marseille (CNM) ne sont pas moins bonnes qu’à Paris si Laure avait décidé de rejoindre le Team Lagardère. Le CNM dispose d’installations tout à fait correctes (un bassin de 50 m couvert, un autre de 25 m). Pour accueillir Manaudou, le staff technique a également été renforcé. Enfin, elle retrouve sur place son amie Esther Baron, transfert de Canet-en-Roussillon, ainsi que les médaillés olympiques Bousquet et Gilot, membres du 4 x 100 m. En revanche, la relation avec Emmanuel Poissier, 33 ans, ancien nageur de fond devenu entraîneur et appelé à la diriger reste à construire. Devra-t-il composer ou s’imposer ? Ses prédécesseurs depuis un an et demi Philippe Lucas, Paolo Penso, son frère Nicolas, Lionel Horter ont tous échoué à la maintenir à la surface malgré des stratégies différentes. « Un échec, ça s’analyse, prévient Claude Fauquet, le directeur technique national. C’est comme un médecin, il ne faut qu’il se trompe dans le diagnostic sinon les remèdes peuvent ne pas être adaptés. » Reste l’environnement et une certitude : le milieu de la natation française ne croit pas beaucoup à la réussite de Laure dans le contexte marseillais.
3 Est-elle encore capable de se faire violence ? Bonne nouvelle, Laure, 22 ans ce jeudi, reprend l’entraînement. Mais pour quoi faire ? Quelles sont les raisons qui l’ont poussée à replonger si vite ? La peur du vide, des journées qui s’étirent sans objectif précis, la pression (amicale) de son entourage ? On se souvient des paroles fortes de Lionel Horter, son précédent entraîneur, le 15 août dernier, au milieu du marasme des Jeux de Pékin : « Aujourd’hui, elle en a ras-le-bol. Elle doit se reconstruire et trouver un nouveau projet de vie, expliquait-il dans nos colonnes. Si elle devait nager à nouveau parce qu’elle n’a rien d’autre à faire, ce serait criminel. »
Laure ne disait pas autre chose, le 14 août, même si elle semble l’avoir oublié aujourd’hui : « J’ai besoin d’un long break (...), six mois, un an (...) Je ne veux plus penser à la natation. » Sait-elle seulement ce qu’elle est prête à sacrifier à sa vie personnelle pour essayer de retrouver les sommets ?
Le Parisien










