LES VENDEURS à la sauvette devant le château de Versailles, « ça suffit ». A l’occasion du procès, hier après-midi, devant le tribunal correctionnel d’un de ces vendeurs ambulants qui prolifèrent sur la place d’Armes, la procureur Laure Beccuau a fait un long réquisitoire contre « ces agissements qui causent un véritable trouble et représentent une concurrence déloyale sur l’agglomération de Versailles ».
« Malgré les avertissements, vous continuez quand même… »
Ces derniers mois, le parquet a multiplié les opérations coups de poing devant les grilles du château. Rachid A., qui comparaissait libre pour « exécution d’un travail dissimulé », en est le parfait exemple. Le 25 juillet, il est interpellé une première fois pour vente illégale de boissons à l’entrée du château. Remis en liberté, il est aperçu en train de s’adonner à son activité le 26 et, finalement, il est de nouveau arrêté le 27.
Le président Xavier Goux-Thiercelin résume les procédures : « Ce qui est un peu agaçant, c’est que, malgré les avertissements, vous continuez quand même… » A la barre, Rachid a une excuse toute trouvée. « J’ai une famille à charge, un loyer à payer. J’ai déposé des CV dans des boîtes d’intérim, mais il n’y a rien. Il n’y a pas de travail. » Le magistrat lui suggère une idée : « Vous n’avez qu’à créer une entreprise de vente de boissons. »
A 46 ans, Rachid, deux enfants à charge et une femme qui ne peut pas travailler, estime gagner 50 à 60 € en deux jours, « ça dépend des week-ends ». Il vend 1 € la canette, achetée par palettes entières dans les supermarchés, et exerce devant le château « deux ou trois fois par semaine, quand il fait beau ». Des comptes qui ne correspondent pas à ceux du ministère public, qui estime qu’il gagne avec son activité 1 800 € par mois qui ne sont pas imposés. « C’est tout bénéfice, calcule Laure Beccuau, puisque vous percevez le RMI et une allocation logement auxquels vous n’auriez pas droit si vous étiez déclaré. »
Avant de requérir cinq mois de prison avec sursis et 1 500 € d’amende, la procureur prévient Rachid. « Avec vous, on a fait des opérations d’interpellation avec rappel à la loi, des défèrements devant le délégué du procureur, des convocations par officier de police judiciaire, ça suffit ! On vous connaît. Désormais, à Versailles, vous trouverez toujours un policier sur votre route. » En défense, M e Sandra Henry fait valoir que son client a enfin obtenu le 29 juillet une autorisation provisoire de vente de boissons et de pralines pendant un mois. « Il est sur la bonne voie. Il veut trouver un moyen légal pour subvenir à ses besoins. »
Le tribunal a condamné Rachid à cinq mois de prison avec sursis et 500 € d’amende. Avec une ultime mise en garde de la part du président : « On ne veut plus vous revoir au tribunal pour avoir vendu du Coca. Sinon, c’est la prison. »
Le Parisien












